LES RUCHERS D'ARGONNE

Céline GOBIN

Avril 2009

 

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Samedi 4 avril 2009

Matin
très nuageux
3
°C

Après-midi

15
°C

 

Le beau temps se maintient malgré quelques journées un peu fraîches en fin de semaine. Les abeilles travaillent bien au niveau du pollen et se développent bien niveau couvain.

Cette semaine j'ai terminé les derniers préparatifs pour le stockage du pollen. J'ai donc lavé ma chambre froide qui me permettra de stocker mes palettes de pollen.

Je me suis occupée de mes Mini Plus en changeant les planchers, toujours de véritables piscines à l'intérieur des planchers nourrisseurs à l'entrée du printemps. Malgré cet inconvénient l'hivernage des micro colonies s'est très bien passé, peu de pertes même les colonies hivernées sur un corps. Tous ces planchers vont être lavés et désinfectés à l'eau de Javel ces prochains jours.

J'ai reçu également vendredi matin l'école maternelle de mon fils Théo. En tout 68 enfants étaient venus découvrir le monde des abeilles, comprendre comment est fait le miel et le pollen et la vie des abeilles à l'intérieur d'une ruche. A cette occasion j'avais prélevé un cadre de couvain dans une colonie pour que la visite soit un peu plus vivante. Je crois que les enfants ont beaucoup apprécié cette visite et le fait de voir de près les abeilles au travers de la ruchette d'observation. C'était pour moi mon premier groupe scolaire et les plus grands ont posé beaucoup de questions montrant leur intéressement. Je tiens surtout à remercier de Denis, un collègue apiculteur professionnel, pour le prêt de cette ruchette !

Ruchette d'observation.

Pour tester l'efficacité des mes lanières Apivar et aussi pour contrôler le présence des varroas sur mes abeilles (voir archives du 20 novembre 2008 en rapport avec l'exposé de Monsieur John Kefuss), j'ai prélevé des abeilles sur plusieurs colonies F0. Le résultat est très satisfaisant car je n'ai retrouvé aucun varroa suite à ce test. Je pense le refaire d'ici un mois pour voir la progression des varroas durant la saison apicole. Le but de ce test est de trouver des colonies plus résistantes au varroa. Ce test fera aussi l'objet d'un dossier détaillé quand j'en aurai le temps !

300 abeilles sacrifiées pour le test.

Les semis des oeillettes ont commencé cette semaine et le top du top c'est que le champ se situe en contrebas du rucher. Il n'y a plus qu'à attendre la floraison à la mi juin ...

Le week-end fut riche en promenade et en détente, ça change un peu ! Samedi nous avons été invités avec plusieurs collègues du département pour voir le rucher enclos de notre collègue apiculteur Jean-Luc Ferté. C'est dans une atmosphère très chaleureuse et pleine d'échanges que nous avons passé l'après-midi dans les ruchers de Jean-Luc.

A gauche Jean-Luc Ferté, à droite Jocelyne Rafy apicultrice à Soudron (51).      Vue extérieure du rucher.

Vue intérieure du rucher enclos.

Jean-Luc est installé dans la Marne à Cernon, petit village situé sur l'axe Vitry / Châlons. Il est l'initiateur de ce projet portant à protéger les ruches des vents. Son expérience est basée sur plusieurs années de recul et le constat est là. Il y a moins de mortalités hivernales en protégeant les ruches des vents de l'hiver. Le fait de rentrer à l'intérieur du rucher enclos et déjà on a le ressenti de quelques degrés de plus à l'intérieur. De simples filets brise-vue de 1,50 m de hauteur maintenus par des poteaux en bois tous les 2,5 m et un petit micro climat se crée dans le rucher. Pour moi l'idée est vraiment très bonne et quelques projets pourraient voir le jour dans quelques uns de mes ruchers exposés au vent. Je vous laisse le soin de lire l'article de Jean-Luc Ferté publié sur le site d'Apimarne:

 
Le ''rucher enclos'' (Jean-Luc Ferté)
Rapport entre la dynamique sanitaire et les conditions matérielles des emplacements. Le remède aux mortalités hivernales : le « rucher enclos ».

 Cher collègues, bonjour

Voici l’histoire d’un apiculteur dans les environs de Reims qui possède  3 ruchers. L’hiver dernier, les deux premiers ruchers situés en plaine, dans des petits bois, ont eu entre 50 et 60% de pertes : une hécatombe. Le troisième a la particularité d’être installé au milieu d’un enclos constitué de quatre murs. Celui ci a eu 1 ruche morte.

Quel apiculteur n’a pas été confronté au problème des mortalités. Quel est celui qui, possédant plusieurs emplacements, n’a pas perçu de grande variation de mortalité entre ceux-ci. Pour ma part, au cours de ma pratique depuis 26 ans avec 550 ruches, je me suis vite aperçu que les pertes hivernales de colonies variaient beaucoup d’un rucher à l’autre, toutes les ruches étant conduites de la même façon. J’ai alors suivi deux voies : la sélection des emplacements et leur aménagement pour le bien être des colonies et leur survie. Pour l’aménagement, j’en suis arrivé à la conclusion que la solution la plus aboutie, qui donne avec le recul des résultats probants: c’est le rucher enclos.   Chacun peut l’expérimenter pour se faire son avis.

Pour installer ses ruches, souvent, on cherche un endroit paisible, protégé du regard, et aussi des éléments, par un écran de verdure, mais cette protection naturelle, satisfaisante en apparence, est rarement parfaite. Elle présente en réalité souvent des faiblesses cachées qui se manifestent surtout après la chute des feuilles. Le rôle du rucher enclos est de constituer une seconde enceinte rapprochée, artificielle, qui vient compenser les défauts, petits ou grands, de la première. Il se compose d’un brise vent de 1 m – 1,50 m de haut, qui forme une sorte de palissade à proximité immédiate des ruches (2 – 3 – 4 m) et qui  ceinture complètement le rucher de près.

Dans la nature, chaque emplacement est particulier, cependant pour mes ruchers tests, l’effet de ce dispositif léger apparait net et rapide : chute des mortalités hivernales, rendement du rucher sensiblement accru, moins de dépopulations printanières, plus grande régularité entre les ruches, meilleure santé, moins d’agressivité, etc.  Le rucher change de visage. Des reines qui ne faisaient rien, retrouvent de la vigueur.

C’est en classant régulièrement mes 24 ruchers de plaine, les uns par rapport aux autres, en fonction de la mortalité hivernale et des récoltes printanières que j’ai pu en mesurer l’impact. En effet, n’ayant rien modifié  par ailleurs, après avoir enclos un rucher, j’ai pu constater, par la suite, pour celui-ci, une mortalité hivernale très faible et ceci de manière durable. Ainsi, mon meilleur rucher – enclos - atteint une mortalité hivernale de 1,2% en moyenne annuelle sur 14 ans ; soit 4 ruches mortes, au total, sur les 14 hivers de la période, «  l’hiver » allant du 15 septembre au 10 Avril.  Cette faible mortalité s’accompagne également, d’une hausse parfois spectaculaire dans le classement pour la récolte de printemps : Un autre rucher est passé ainsi de la vingtième place à la première, après avoir été mis enclos

Il est clair et évident, à la vue de ces résultats qui ne font que recouper de multiples  indices et observations recueillies sur le terrain, qu’il y a un lien déterminant entre la dynamique sanitaire et les conditions matérielles des emplacements ; les bonnes pratiques apicoles étant supposées être respectées.

On peut expliquer de tels effets – hors zones de forêts humides – par un principe comparable à celui de la haie. On connait l’effet bénéfique de la haie pour les cultures (D. Soltners : L’Arbre et la Haie). Pour les colonies d’abeilles, il semble qu’il en aille de même avec un degré d’efficacité encore plus élevé. En installant des brises vent qui font le tour du rucher – le tour intégral, étant ce qu’il y a  de mieux – on crée au centre, un îlot permanent d’air calme où le mauvais stress hivernal qui tue – vent, froid, air instable –, d’où qu’il vienne, est évacué, neutralisé. Et cela fonctionne très bien. Le rucher s’en trouve dynamisé.

Les abeilles appartiennent au groupe des animaux poïkilothermes, c'est-à-dire des organismes dont la température interne reste dépendante de celle du milieu externe. Elles ne disposent pas d’un milieu intérieur autorégulé comme les vertébrés supérieurs. De ce fait, elles sont sensibles au climat, à tout ce qui peut refroidir ou réchauffer. Le rucher enclos fait office de milieu intérieur favorable pour l’ensemble des ruches qui intègrent le rucher.

En effet,  il convient de faire attention à tout flux d’air, même extérieur à la ruche, qui viendrait  soustraire les calories  que les abeilles émettent l’hiver pour élever la température à l’intérieur de la colonie, car si cela se produit de façon continu, celle ci  va s’épuiser et dépérir. Dans ces conditions, peuvent se produire les phénomènes d’affaiblissement et d’effondrement des colonies.

C’est en quelque sorte le contraire du moteur électrique où pour éviter qu’il chauffe, on lui adjoint un petit ventilateur à l’arrière, pour le refroidir.

Bien sûr, ce n’est pas de la haute technologie. En pratique, des filets brise-vent semi perméables, ou des filets brise vue, font l’affaire. On peut également procéder avec des palettes en bois dressées (effets moins garanti) ou encore mixer tout cela. 

Ces aménagements, réalisés avec méthode, permettent de parfaire les défenses naturelles, de niveaux très variables selon les emplacements ; ces variations pouvant expliquer, en partie, les grands écarts de mortalités entre ruchers parfois voisins. On connait d’autres exemples de cette démarche : les ruchers couverts en montagne, les ruchers traditionnels dans les murs en pierre exposés au soleil du midi et abrités des vents du nord, etc. (1). Ce n’est que de l’écologie appliquée ou, en d’autres mots, le sens de la nature. On ne peut plus travailler sans filet et prendre des risques pour traverser la mauvaise saison en espérant que les choses se passent bien et, si on a manqué de chance, pleurer ses pertes et incriminer la terre entière.

Il vaut mieux réduire les mortalités que d’avoir à remonter son cheptel en achetant des essaims. Le concept de rucher enclos, relativement simple à mettre en œuvre, est un nouvel outil qui peut aider concrètement à faire d’une part, de fortes économies de mortalité et d’autres part, à améliorer l’état général des ruches reléguées aujourd’hui par la vie moderne, dans les rebus du territoire. Le surcroit de vitalité qui en découle pour les ruches, est surtout visible dans les zones hors vallée, plus froide et tardive. Bien sûr, il ne dispense pas de tous les autres soins de base. Les aides en ce sens, sont les bienvenues.

Avec le rucher enclos, l’apiculture dispose d’un nouvel outil qui s’avère de premier plan, pour toute lutte véritable contre les surmortalités et dénouer la crise.

Il est du rôle de toute association de développement apicole de soutenir la recherche de solutions efficace contre les mortalités qui restent un problème majeur. Je propose que, dans un premier temps, l’ADAEST préoccupé par ces questions, en relation avec le CNDA, suive et centralise les informations provenant des expériences de défense contre les mortalités afin de pouvoir produire, à terme un travail de synthèse qui fasse le point sur le sujet. Ce travail, dans le cadre d’une recherche multifactorielle voulu par le rapport parlementaire rédigé par Martial Saddier, pourrait être retenu et supervisé par le futur comité opérationnel sur l’abeille,  chargé de définir les programmes de recherche pour abaisser la mortalité des pollinisateurs.

Pour le projet de recherche, il s’agit d’étudier et approfondir le rapport entre dynamique sanitaire et conditions matérielles dans lesquelles se trouvent les ruches.  On peut imaginer deux types d’expérience.

         1 – Comparer sur le terrain  comme je l’ai fait, des ruchers enclos avec des ruchers non enclos. Noter l’état du rucher avant, après, etc.

         2 – Expériences en laboratoire menées par une équipe pluridisciplinaire comprenant outre des spécialistes apicoles, des spécialistes des fluides et des thermodynamiciens:

                               1 – On place une première série de ruche dans une atmosphère calme, sans flux d’air, à une température donné. On répète l’expérience avec des températures de plus en plus basses pouvant atteindre - 20°, durant une période plus ou moins longue allant jusqu’à plus d’un Mois.

                               2 – On prend une autre série de ruches dans les mêmes conditions de température, de nourrissement, de durée, etc., et on expose l’extérieur des ruches à un flux d’air continu. On renouvelle ces expériences avec des souffles d’intensités de plus en plus forts  jusqu’à plusieurs dizaines de Km/h.  On peut faire varier également le taux d’hygrométrie.  Et on regarde l’état des colonies à la fin !

Ces expériences en laboratoire,  dont quelques pistes sont données ici à titre indicatif, devraient permettre d’établir, de manière formelle, le lien entre dynamique sanitaire et conditions matérielles des emplacements et également les seuils à partir desquels se produisent les syndromes d’effondrement. Toutes les ruches du monde passant leur vie en plein air, dans la nature, on comprend bien la portée universelle de cette recherche en matière d’apiculture. C’est tout un domaine de l’apiculture qu’il convient d’éclaircir afin de faire la lumière sur cette ténébreuse question de mortalité qui handicape la profession. Cela relève du travail de scientifique dont je ne suis.

Cependant, sans attendre, vous pouvez, chers collègues désirant avancer et ayant envie d’expérimenter, commencer ces essais sur le terrain. Dans ce cas, pourriez-vous retourner, si vous le souhaitez, vos observations au 03 26 21 31 30. Merci.

 

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Samedi 11 avril 2009

Matin

8
°C

Après-midi

20
°C

 

Semaine chargée en travail au niveau des ruchers et des températures idéales pour travailler en T-shirt. Les abeilles ont rentré beaucoup de pollen et le printemps 2009 n'a rien à voir avec 2008, encore heureux !

J'ai commencé à rentrer du pollen de fruitiers et mes 4 poules en profitent. Je leur donne régulièrement les résidus de la poudre de pollen et elles en raffolent. A tel point qu'elles m'attendent derrière le grillage quand elles entendent le tarare fonctionner !

Une petite cure de pollen pour les poules !

Je suis allée à Capellen le dimanche 5 avril pour assister à 2 conférences qui pour moi avaient grand intérêt. La première était tenue par Mr Jürgen Tautz. Il nous a parlé du fonctionnement des abeilles et de leurs différentes tâches à l'intérieur de la ruche et notamment du rôle des abeilles chauffantes pour le couvain d'abeilles. Sur place j'ai également acheté son livre que je recommande car je pense que l'on est encore loin de savoir tout ce dont nos abeilles sont capables.

        

La deuxième conférence fut présentée par Paul Jungels, apiculteur et sélectionneur de l'abeille "origine Frère Adam". Il nous a présenté son important travail sur l'importance de la vitalité sur les colonies d'abeilles.

Avant le commencement de la miellée sur les fruitiers, je me suis fait livrer de l'azote liquide pour pouvoir faire mes tests hygiéniques. La société Linde passe régulièrement chaque semaine dans mon secteur pour livrer de l'azote donc j'ai de la chance d'avoir trouvé ce fournisseur. Contault étant souvent ravitaillé par les corbeaux, et bien là ce n'est pas le cas !!! Le livreur est sympathique et on a discuté un peu "abeille" le temps du remplissage du réservoir.

Remplissage de mon réservoir d'azote liquide.

Les colonies avec reines inséminées ont été soumises au test de l'azote liquide. Pour cela j'utilise un morceau de tuyau en pvc que j'ai découpé et affuté à une extrémité pour que le bord soit tranchant et bien délimité la portion de couvain à congeler. Je verse ensuite 90 ml d'azote liquide à l'intérieur du tube que j'ai prévu assez haut pour ne pas faire de projection d'azote sur le couvain d'à côté . Le couvain operculé est ainsi congelé et donc mort. C'est ensuite le rôle des abeilles de nettoyer cette portion de couvain mort. La portion de couvain fermé choisie sont des nymphes aux yeux violets. Le test avec l'azote liquide est très facile à faire et beaucoup plus rapide que la méthode du couvain congelé (voir ici).

    

Une première photo est prise pour avoir un aperçu de la zone congelée et ainsi pouvoir déterminer le pourcentage des cellules nettoyées de la colonie testée. Une seconde photo est prise après 24h puis une 3e après 48h. Plus le nombre de cellules nettoyées est élevé et plus la colonie est nettoyeuse donc hygiénique. Ici cette colonie a été notée à 77% hygiénique. Reste ensuite à évaluer la colonie sur d'autres critères: miellée, pollen, douceur, vitalité, etc ... Le but du test est de sélectionner et de reproduire des colonies hygiéniques plus résistantes aux maladies.

Portion de couvain délimitée et congelée à l'azote liquide.    Résultat du test 48h plus tard.

J'ai également commencé à poser les hausses sur les colonies car les corps se sont bien remplis sur le début de miellée des fruitiers. Les cadres de cire gaufrée sont partiellement ou complètement construits et c'est toujours beau à voir.

Abeilles cirières en train de construire un cadre de cire gaufrée.       

Les floraisons de fruitiers explosent un peu partout dans le paysage comparé à l'an dernier, je ne pense pas avoir vu autant de fleurs sur les arbres ! Les colzas sont montés et ils ne leur restent plus qu'à fleurir la semaine prochaine.

Champ de colza.

 

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